
« L’une des questions qu’on me pose souvent et que je déteste est : où puisez-vous votre inspiration ? C’est une question qui devrait être bannie. »
Quand la céramiste Alev Ebuzziya Siesbye est invitée à exposer à la fondation Cartier en 2024, elle s’indigne contre les clichés créatifs qu’on projette sur son travail. Ce faisant, elle défend la première nécessité qui alimente son geste créateur. Dans mon livre Les nécessités de créer, je la nomme L’Expression.
L’Expression est un besoin viscéral de partager sa vision singulière à travers une œuvre. Elle dépasse la simple inspiration et puise à la fois dans la sensibilité et l’identité même des créatifs.
Dans ses échanges avec Bijoy Jain, l’architecte indien invité principal de l’exposition, la céramiste explique son expérience expressive : » L’inspiration, c’est comme un oignon, c’est une couche sur une autre. C’est tout ce que vous aimez, ce que vous n’aimez pas, ce que vous avez vécu dans votre vie. Et votre travail vous en apprend beaucoup plus sur vous que vous ne l’auriez imaginé. C’est toujours une question de souvenirs.
Dans mon cas, lorsque je fabrique un bol, c’est le vide du bol qui détermine clairement la forme ; ce n’est pas la forme extérieure mais la forme intérieure qui décide. Et dans cet intérieur, on met ce qu’on est. Peu importe, qui on est, qui on a été et ce qu’on pense : tout ce qu’on a en soi, au plus profond de son être, vient se loger dans cet espace. Et on le sent très intensément pendant qu’on travaille parce qu’on y met vraiment toutes ses forces, toute son énergie, tout son coeur, on y met absolument tout à cet endroit. »
Veiller sur ces espaces d’Expression et permettre aux créatifs d’y puiser leur inspiration sans s’y perdre, c’est mon cœur de métier. Quand vous œuvrez dans les métiers de la création, que vous soyez indépendant ou en charge de la vision créative d’un produit culturel, avoir accès à cette source d’inspiration personnelle est un atout précieux. C’est elle qui fait la valeur singulière des œuvres et crée une résonance intime avec le public.
Et vous, est-ce qu’il y a des questions que vous aimeriez qu’on vous pose sur votre processus d’inspiration ?