
Pendant longtemps, on a raconté la créativité comme une affaire d’individus.
Des visions fortes.
Des signatures.
Des egos.
Et puis il y a eu Gorillaz.
Gorillaz est un groupe créé en 1998 par le chanteur Damon Albarn et le dessinateur Jamie Hewlett. Concrètement, la musique est composée et jouée par de vrais artistes, mais elle est incarnée visuellement et narrativement par des personnages fictifs, chacun avec son univers et sa personnalité.
En plus de cacher leur identité derrière des personnages de cartoon, Gorillaz multiple les collaborations prestigieuses avec d’autre artistes. A tel point qu’ils font disparaître le principe même de star.
Au profit de l’œuvre.
Le collectif est basé sur l’effacement de l’individu, l’alliance de 2 artistes complémentaires et la multiplicité des collaborations.
Mais pas seulement.
Le 27 février 2026, Gorillaz sort son nouvel album The Mountain. La dimension collective persiste, mais cette fois, la vision créative émane d’une expérience plus intime que tous les autres albums auparavant.
Damon Albarn et Jamie Hewlett, les 2 fondateurs perdent leurs pères à peu de temps d’intervalle. Par un concours de circonstances, ces deuils relient chacun d’entre eux à l’Inde.
Là, ils s’imprègnent naturellement d’une culture musicale riche et ancienne. «Mon père me passait du Ravi Shankar depuis que j’étais bébé. […] Je me suis senti chez moi en arrivant à Mumbai » rapporte Damon Albarn dans le magazine Rolling Stones.
En Inde, Albarn et Hewlett s’imprègnent aussi de la philosophie Indoue et de la notion de réincarnation.
Alors cette fois, l’album inclut des amis défunts, chers aux cœurs des 2 complices : Denis Hopper (acteur), Bobby Womack (légende soul), Tony Allen (pionnier de l’afrobeat), entre autres. Tous apparaissent via des enregistrements d’archives ou des prises non utilisées.
En plongeant dans l’intimité de leurs expériences individuelles, les 2 fondateurs de Gorillaz élargissent comme jamais le cercle de leur « Appartenance ».
Cette nécessité créatrice rappelle qu’un créatif n’œuvre jamais seul et que, lorsqu’il embarque les bons complices il n’a plus besoin de se replier sur lui pour porter seul ses créations.
La singularité génère le collectif.
L’Appartenance est la 3ème des motivations présentées dans mon livre « Les nécessités de créer », à paraître cet été aux Editions Nullius in verba.